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Expertise hôtelière

« L’hospitalité est devenue plurielle » : Béatrice Gravier, directrice d’EquipHotel

Laurent DelporteLaurent Delporte27 octobre 2026 · 12 min de lecture
Laurent Delporte et Béatrice Gravier, directrice d’EquipHotel, côte à côte : interview sur l’hospitalité plurielle

Modèles économiques, patrimoine, financement, transmission, bien-être, savoir-faire : la directrice du salon EquipHotel décrit une hôtellerie qui a cessé d’avoir un modèle unique.

Notre profession n’a jamais eu autant de raisons de douter, ni autant de terrains à explorer.

Le foncier est rare, les permis de construire difficiles à obtenir, le coût de la construction et du financement pèse sur chaque projet. Le recrutement reste tendu, les exigences écologiques se durcissent, et les clients attendent à la fois plus de sens, plus de confort et plus de justesse dans le prix. Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir quel modèle hôtelier imiter, mais lequel inventer.

C’est exactement ce que dit le thème retenu par EquipHotel pour son édition du 2 au 5 novembre 2026 : l’hospitalité plurielle. Le salon la décline en trois axes : une hospitalité sur tous les terrains, du camping au palace et de l’appart’hôtel à l’auberge de jeunesse ; une hospitalité d’expériences, de la chambre au spa et du lobby au restaurant ; et une hospitalité raisonnée, qui compose avec les contraintes économiques et écologiques du moment.

L’hospitalité plurielle, c’est aussi celle du handicap, et chacun de nous peut, un jour ou l’autre, y être confronté : un accident suffit. La Senses Room, à retrouver Hall 7.1, stand P032, est une chambre et une salle de bain d’hôtel témoin, un laboratoire d’idées qui prouve qu’il est possible d’allier luxe, domotique de pointe et inclusion totale, dans un design sensoriel où l’accessibilité devient invisible. Elle a été imaginée en 2014 par Francis van de Walle, qui nous a quittés en mai 2025.

Nous nous sommes retrouvés avec Béatrice Gravier, directrice du salon, dans un salon du Four Seasons George V, à Paris. Nous nous connaissons depuis huit ans, et je la remercie de m’avoir accordé ce temps, à quelques mois d’une édition qu’elle prépare de longue date. Avant EquipHotel, elle a conduit dix années durant la stratégie commerciale du MIPIM et du MAPIC, deux rendez-vous de l’immobilier.

Nous avons parcouru l’essentiel de ce qui occupe aujourd’hui les dirigeants de notre secteur : la diversité des modèles, le retour du territoire, le financement du patrimoine, la place assumée de la rentabilité, les trois métiers qui font un projet, la transmission entre générations, le bien-être qui déborde du spa, et les savoir-faire français. Voici cet entretien.

Espace de salon avec une grande fresque de paysage méditerranéen, fauteuils en rotin et canapés blancs sur un tapis ondulé
Ambiance d’un espace du salon EquipHotel Paris.

Pourquoi l’hôtellerie n’a plus un modèle unique ? D’où vient ce thème de la pluralité ?

Pendant des décennies, la question posée à un hôtelier était : à quelle catégorie appartenez-vous ? Elle est devenue : quelle promesse tenez-vous, et pour qui ? Le salon a d’ailleurs traduit cette bascule dans sa propre organisation, en répartissant ses 1 200 exposants en quatre univers, Design, Tech & Services, Wellbeing et Foodservice, plutôt qu’en catégories de produits.

D’un constat, simplement. En ce moment, nous voyons apparaître une diversité folle de modèles hôteliers, un peu plus chaque jour. Ce n’est pas une trouvaille de communication, c’est ce que nous avons sous les yeux.

Et il ne s’agit pas uniquement du produit. Il y a la façon de concevoir l’établissement, oui, mais aussi la façon de le mener. Avec quelle équipe, comment, avec qui. C’est assez large. Et la différence avec il y a quelques années est frappante : la diversité des projets hôteliers d’aujourd’hui n’a rien à voir.

Hôtellerie de territoire : pourquoi le local devient un modèle ? Le territoire prend-il sa revanche sur la ville ?

L’enracinement local a longtemps été traité comme un supplément d’âme, quelques codes régionaux empruntés à la décoration. Il devient un fondement du projet, parce qu’un établissement transplantable ailleurs sans que rien ne change n’a pas d’histoire à raconter, et devient interchangeable au premier arbitrage de prix. Le salon prolonge cette réflexion avec l’École nationale supérieure de création industrielle, autour de l’hospitalité créatrice de souvenirs.

Il y a l’urbain, et il y a le territoire. Nous voyons une montée en puissance très nette de l’hôtellerie de territoire, avec beaucoup plus de conférences que d’habitude sur l’enracinement local.

Comment financer un projet hôtelier dans un bâtiment ancien ? Pourquoi le secteur aborde-t-il si rarement l’investissement de front ?

C’est ici que se joue l’un des mouvements les plus profonds du secteur. Les synthèses de marché publiées début 2026 par BNP Paribas Real Estate et Cushman & Wakefield convergent : près de 3,9 milliards d’euros ont été investis dans l’hôtellerie française en 2025, ce qui place notre pays autour de 30 % des capitaux hôteliers engagés en Europe. Mais la rareté du foncier et le coût de la construction font que la transformation de bâtiments existants l’emporte désormais sur la construction neuve. La vieille bâtisse n’est plus une curiosité romantique, elle est devenue la voie la plus réaliste. Encore faut-il savoir la financer.

Vous héritez d’une vieille bâtisse, d’un moulin, et un jour vous vous dites : je vais en faire quelque chose. Cette année, nous avons une conférence avec la Caisse des Dépôts sur la réinvention du patrimoine. Des institutionnels que personne n’attend sur un salon hôtelier classique, qui viennent expliquer quel modèle financier permet de faire vivre ce genre de lieu.

Ce n’est ni le design ni le produit. Il y a une dynamique très forte sur l’investissement hôtelier et sur la construction du modèle économique, surtout dans un contexte où tout est plus tendu.

Un hôtel doit-il être rentable pour rester hospitalier ? Quelles sont les clefs de succès ?

Oui, et la rentabilité n’est pas l’adversaire de l’hospitalité : elle en est la condition de survie. La question paraîtra brutale à qui a grandi dans une profession où parler d’argent passait pour une faute de goût. Elle est pourtant devenue centrale, et la réponse de Béatrice Gravier tient en trois métiers qui doivent se parler très tôt.

L’hospitalité plurielle, c’est aussi des projets neufs dans un cadre raisonné. Il faut faire attention à l’écologie, et il faut que ce soit économiquement viable. Nous avons moins peur de ces mots aujourd’hui. C’est devenu un peu moins tabou de dire qu’il faut que ce soit efficace, efficient, rentable, avec une vision de long terme.

Pour qu’un projet tienne dans la durée, il y a trois choses, et c’est pour moi la vraie structure du secteur. D’abord la vision : nous mettons sur scène beaucoup de propriétaires, d’investisseurs et d’opérateurs, pour qu’ils partagent leur direction et leurs bonnes pratiques. Ensuite les fournisseurs, qui diront concrètement ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Vous pouvez avoir une idée, il y a ensuite une réalité technique, celle du terrain et du matériel. Enfin les architectes et les designers, cheville entre l’investisseur et le fabricant, qui vont éprouver vos idées et les affiner.

L’investisseur, le fabricant, l’architecte : ces trois piliers portent tous les projets hôteliers, et je crois beaucoup à leur convergence pour faire des projets solides et durables. C’est aussi pour cela que nous avons une dynamique importante cette année autour des Entreprises du Patrimoine Vivant, ces maisons détentrices de savoir-faire rares labellisées par l’État. Plusieurs installations seront confiées à des architectes, dont le studio de Jean-Michel Wilmotte, avec un maximum de matériaux EPV.

Un projet hôtelier échoue rarement par manque d’idées. Il échoue quand ceux qui le portent ne se parlent pas assez tôt. Cette rencontre entre les métiers, le salon la donne à voir cette année dans Exclusive Collection : près de 1 000 mètres carrés dédiés à l’hôtellerie premium et de luxe, avec l’exposition Do not disturb, éloge de l’intime, menée avec le Réseau Excellence des Entreprises du Patrimoine Vivant et le Mobilier national. Quatre créateurs y proposent leur lecture de l’intimité : la Maison A&G avec Abside, Mathilde de l’Ecotais avec À la source du refuge, Emilieu Studio avec La chambre nomade, et le studio de Jean-Michel Wilmotte avec Poids-plume.

Comment fidéliser les jeunes talents de l’hôtellerie ? Que met en place le salon sur le volet humain ?

Le secteur peine à recruter et davantage encore à garder. La difficulté ne vient pas seulement des horaires ou des salaires : elle vient aussi du regard porté sur les jeunes professionnels, que nous associons encore spontanément à l’exécution.

Nous proposons deux axes sur cette thématique. Le premier est la transmission. Nous travaillons avec le Young Hospitality Club, un réseau récent qui a deux têtes : des professionnels plutôt seniors, et des plus jeunes. Et je dois avouer que je me suis trompée au début. Je me suis dit : des jeunes, ce seront des commis de cuisine. Pas du tout. Ce sont des jeunes qui occupent déjà des postes de direction dans des hôtels indépendants, qui se demandent s’ils iront demain vers une chaîne ou ailleurs, et qui ont besoin d’être guidés dans la conduite de leur carrière. Nous organiserons un grand événement autour de cette connexion entre une génération à potentiel et des professionnels établis.

Cette question traverse d’ailleurs toute notre programmation. Le Young Hospitality Club animera une conférence intitulée « leaders d’aujourd’hui et de demain : penser ensemble des modèles pluriels » et nous accueillerons la finale nationale du « Next Gen Hospitality Challenge » réunissant les meilleurs étudiants en Master Hôtellerie du réseau INNTO France (Instituts Nationaux du Tourisme) pour relever un défi concret : concevoir des recommandations stratégiques pour un établissement hôtelier partenaire.

Notre partenariat avec l’ENSCI, l’École nationale supérieure de création industrielle, participe du même mouvement : nous avons confié à de jeunes designers le soin de travailler sur l’hospitalité créatrice de souvenirs, parce que leurs réponses ne ressemblent jamais à celles des industriels.

Le second axe est un nouveau partenariat avec les Femmes du Tourisme, au-delà même de l’hôtellerie, avec une table ronde et un temps de rencontre. Croiser les profils et les expériences, c’est aussi cela, l’hospitalité plurielle. Nous voulons que le salon soit aussi un lieu où les carrières se rencontrent, et pas seulement un lieu où les produits se vendent.

Le bien-être à l’hôtel se limite-t-il au spa ? Quel choix éditorial as-tu fait cette année ?

Le wellness revient au cœur du salon, dans le hall 4, et l’offre de bien-être sera cette année un véritable pilier des univers qui structurent le salon, aux côtés du design, de la technologie et de la restauration.

Mais surtout, nous consacrons les conférences du matin au bien-être au-delà du spa : le sommeil, la nutrition, le mouvement, la longévité. Comment prendre soin de soi au quotidien, comment poursuivre cette routine à l’hôtel sans casser ses habitudes, et comment un séjour peut même enclencher des cercles vertueux pour sa santé.

Nous avons réuni tout cela dans les Talks Wellness, un espace pensé pour les directeurs d’hôtels, les responsables de spa, les consultants et les architectes. Trois sujets s’y croisent : le bien-être au-delà du spa, la longévité, et l’excellence opérationnelle des spas. Le format compte autant que le thème, avec des conférences mais aussi des débats, des ateliers et des retours d’expérience. Et chaque après-midi, le Wellness Lounge accueille deux tables rondes d’une heure, rassemblant les experts reconnus et les plus emblématiques du secteur actuellement.

Cette place accordée au bien-être n’est pas un effet de mode. Nos visiteurs viennent chercher des réponses très concrètes sur l’air, le silence, la déconnexion et la récupération, parce que leurs clients les réclament.

Parlons maintenant du Parcours Luxe EQUIPHOTEL by DELPORTE HOSPITALITY que nous mettons en place ensemble depuis 2018 ?

C’est devenu un très bel outil, et je le dis d’autant plus volontiers qu’il répond à un vrai besoin. Nous avons toute une clientèle de palaces et d’hôtellerie haut de gamme qui vient chercher des fournisseurs très particuliers. Or le salon est vaste : 1 200 exposants répartis sur une trentaine de secteurs et quatre pavillons, dont 40 % d’entreprises internationales venues de trente-six pays. Le Parcours facilite cette recherche, et il y a un côté profondément humain là-dedans, puisque la sélection est faite par une personne qui connaît le sujet. Ce n’est pas une sélection large et automatique, c’est une sélection fine, individuelle.

Visiteurs réunis autour de DELPORTE HOSPITALITY pendant un cocktail au salon EquipHotel 2024
Présence de DELPORTE HOSPITALITY pendant EquipHotel 2024.

C’est ce qui en fait la valeur, et c’est aussi ce qui la rend exigeante. Tu lis chaque candidature toi-même, tu reviens vers les entreprises quand une réponse manque de clarté, et aucune place ne s’achète. Sur un salon de cette taille, une sélection dont chacun sait qu’elle n’est pas commerciale, cela change tout pour un directeur qui prépare sa visite.

Pour les entreprises retenues, le bénéfice se joue sur trois temps. Avant le salon, elles entrent dans les supports du Parcours que nous adressons aux visiteurs pendant qu’ils préparent leur venue, c’est à dire au moment précis où un directeur décide qui il ira voir. Pendant le salon, la signalétique officielle sur leur stand change la nature des visites reçues : le professionnel qui s’arrête ne passe pas par hasard, il vient. Et après le salon, elles conservent leur sélection et continuent de s’en servir.

Stand d’exposant avec des luminaires et le macaron Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY au sol
Le macaron Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY au sol d’un stand d’exposant.
Table dressée avec le panneau Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY posé sur un stand
Le panneau Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY sur le stand d’un exposant.

Ce dernier point est celui que je trouve le plus intéressant, et il tient à ce que Delporte Hospitality apporte en plus de nous. Une maison retenue est présentée dans le Delporte Hospitality Magazine, relayée sur tes réseaux, adressée à ta newsletter de plus de dix mille professionnels, et citée dans tes conférences pendant le salon. Elle reçoit aussi le logo officiel du Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY, qu’elle peut réutiliser dans son site, ses brochures et ses présentations commerciales bien après novembre. Aucun exposant ne peut s’offrir seul ce type de caution.

Laurent Delporte posant avec Jennifer Weinfeld, de l’Académie scientifique de beauté, un badge autour du cou
Laurent Delporte avec Jennifer Weinfeld, de l’Académie scientifique de beauté, lauréate du Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY 2024.

Et je vais te raconter quelque chose. Je suis allée sur un autre salon, et une exposante avait accroché sur son stand son Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY, encadré. Sur un autre salon. Pour elle, c’était un gage de qualité : regardez, je suis dans le Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY. Petit à petit, c’est notre volonté, que cela devienne une forme de label. Ce n’est pas rien, parce qu’un exposant qui revendique lui-même sa sélection prolonge le salon bien au-delà de nos quatre jours.

Remise du Prix Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY : Béatrice Gravier prend la parole à côté de Laurent Delporte, devant un public rassemblé
La remise du Prix Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY sur le salon EquipHotel, avec Béatrice Gravier et Laurent Delporte.

Et une fois de plus, cela oriente les hôteliers qui cherchent des choses très spécifiques, en les amenant tout de suite là où ils trouveront le fournisseur ou le partenaire qui répondra à leurs besoins.

Le règlement, le calendrier et les lauréats du Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY sont réunis dans le dossier dédié de mon site : découvrir le dossier Parcours Luxe EquipHotel by DELPORTE HOSPITALITY.

Pour aller plus loin

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