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L'art de recevoir

Rencontre avec Mossadeck Bally, fondateur d'Azalaï

Laurent DelporteLaurent Delporte18 janvier 2016 · 5 min de lecture
Portrait de Mossadeck Bally, fondateur d'Azalaï Hotels, en costume sombre sur fond clair

Lors de ma participation au Forum Hostelya en 2016, j'ai rencontré Mossadeck Bally, le fondateur du Groupe Azalaï. C'est un entrepreneur ! Il a créé un groupe hôtelier en Afrique qui ne cesse de se développer. Le groupe hôtelier respecte les standards internationaux de l'hôtellerie et apporte tout particulièrement l'hospitalité traditionnelle de l'Afrique de l'ouest qui se perpétue de génération en génération. C'est un fort élément de différenciation par rapport aux autres groupes hôteliers présents en Afrique.

Comment en êtes-vous arrivé à l'hôtellerie ? Comment se dit-on : je vais créer une chaîne d'hôtel au nom d'Azalaï en Afrique ?

En fait, c'est un pur hasard. Je suis issu d'une famille de commerçants. Après mon bac, je suis allé à San Francisco où j'ai fait une école de commerce. J'ai ensuite rejoint l'entreprise familiale. Nous importions des denrées alimentaires et nous étions parmi les leaders de l'Afrique de l'Ouest. Et puis, j'ai commencé à sentir que je n'apportais pas de vraie valeur ajoutée, même si j'ai beaucoup appris durant cette période. Mon père était un très grand chef d'entreprise et un grand négociant. Il m'a transmis son savoir-faire.

J'ai donc cherché comment diversifier mon activité. J'ai pensé au départ à une usine de jus de mangue au Mali, puis des amis à moi, notamment des fournisseurs, m'ont dit de regarder du côté de l'hôtellerie parce que rien n'avait encore été fait. J'ai alors profité d'un appel d'offre de l'État malien concernant la privatisation des deux plus grands hôtels de Bamako en 1993. J'ai créé à ce moment-là ma propre société et je me suis porté candidat pour gérer le Grand Hôtel. Grâce à un prêt de la SFI (la branche privée de la Banque mondiale), nous avons pu rénover l'hôtel et acheter notre second terrain pour la construction d'un deuxième hôtel. En 2004, nous avons participé à un autre appel d'offre au Burkina, où nous avons repris l'hôtel de l'Indépendance, puis en 2007 l'hôtel du 24 Septembre en Guinée-Bissau, puis en 2008 l'hôtel de la Plage au Bénin.

Comptoir de réception en bois clair, deux réceptionnistes en gilet rouge et une cliente devant une tenture africaine

Pourquoi avez-vous choisi de créer la chaîne « Azalaï » ? Quelle a été votre source d'inspiration pour ce nom ?

En 2005, nous avions ces deux hôtels à Bamako, le Grand Hôtel et l'hôtel Salam que nous avions construits, ainsi que l'hôtel Indépendance à Ouagadougou. Bien que je sois un investisseur dans l'hôtellerie, ce n'est pas moi l'hôtelier : j'ai fait venir des professionnels pour la gestion des hôtels. Je n'ai pas voulu accepter de signer des contrats de gestion avec des chaînes hôtelières internationales. Il suffit juste de recruter de bons professionnels qualifiés. C'est à ce moment-là que je me suis dit que je devais créer ma propre marque.

J'ai recruté une agence de communication et je leur ai demandé de nous trouver un logo, un nom et un slogan, après leur avoir présenté notre vision. Je leur ai expliqué que nous ne souhaitions pas être seulement des investisseurs. Nous sentions qu'il y avait une demande croissante d'une hôtellerie africaine, et nous voulions nous développer de façon indépendante. Cette agence nous a fait plusieurs propositions et j'ai retenu « Azalaï », qui veut dire la caravane. Le nom Azalaï évoque les paysages magnifiques du continent : c'était le nom d'une route du commerce qui traversait le Sahara. Les commerçants qui menaient les caravanes le long de la route d'Azalaï étaient réputés pour leur hospitalité et leur générosité.

Je suis originaire d'un petit village de la région de Tombouctou, où l'activité ancestrale était d'aller dans les mines de sel pour en ramener des barres jusqu'à Tombouctou et les échanger contre des vivres. C'est de là que vient notre attachement au nom Azalaï. Notre slogan est « l'Afrique vous accueille », parce que nous voulions mettre de l'Afrique dans nos hôtels.

Peinture colorée de silhouettes africaines en boubous bleus portant des tambours sur fond orange

Quelle est votre vision du groupe dans 10 à 15 ans ?

C'est de continuer à se développer. Il y a un fort déficit sur le continent africain en termes d'infrastructures hôtelières. Il y a une très forte demande, la classe moyenne est de plus en plus importante, et l'Afrique, malgré les crises conjoncturelles comme Ebola, attire de plus en plus d'investisseurs. Notre ambition est de finir de mailler la zone de l'UEMOA (l'Union économique et monétaire ouest africaine). Nous sommes présents dans tous les pays membres sauf le Togo, où nous sommes en prospection. Nous souhaitons ensuite nous implanter dans les pays de l'Afrique de l'Ouest anglophones. Nous avons commencé une prospection au Nigéria, au Ghana, au Libéria. Dans les dix prochaines années, l'ambition est d'être présents dans tous les pays de la CEDEAO. Dans trois mois, nous ouvrons en Mauritanie, dans six mois en Côte d'Ivoire, puis en Guinée Conakry en 2018 et au Sénégal en 2019.

Piscine

Quel est pour vous l'art de recevoir africain ?

Les Africains, de façon générale, ont l'hospitalité dans le sang. C'est toujours un grand évènement quand nous recevons en Afrique. C'est culturel et sociologique. C'est très important de bien recevoir. Même les familles les plus pauvres sont prêtes à tout donner pour bien accueillir. C'est un trait culturel, et nous essayons de le traduire dans notre façon d'accueillir nos clients. C'est là que se trouvent la difficulté et le défi : comment prendre une réalité sociologique et la transposer dans un process ? C'est un véritable défi, parce que d'un côté cela se fait naturellement, sans contrepartie sinon la reconnaissance de la personne que vous recevez, et de l'autre côté, c'est votre activité, vous le faites contre rémunération, c'est votre travail. Nous jonglons entre ces deux aspects. Notre pari est aussi de ne pas standardiser nos offres, ou du moins de réduire cette standardisation au minimum nécessaire.

La standardisation est obligatoire, parce que le client veut une chambre et une salle de bain fonctionnelles, un wifi qui marche, et retrouver des services identiques. Mais autour de tout cela, nous pouvons ajouter la spécificité du pays, du terroir, de la population. Au sein des hôtels Azalaï, nous avons douze points d'identité. Par exemple, nous recevons nos clients avec un verre de thé à la menthe. Nous proposons du café de notre pays et un ou deux plats africains dans nos buffets. Nous avons aussi un salon marocain et un salon bar dans nos hôtels. Chaque fois que nous construisons un hôtel, nous demandons aux architectes et ingénieurs d'apporter de l'authenticité et une touche africaine. Nous faisons aussi la promotion de la culture : nous exposons des peintres dans nos espaces de vie.

Nous essayons aussi d'utiliser des pagnes et des motifs africains pour les uniformes de nos réceptionnistes et de nos portiers.

Equipe Azalai
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