En 2016, à EquipHotel Paris, je présentais la Chambre ORIGINE® by DELPORTE HOSPITALITY, imaginée avec Reda Amalou et Stéphanie Ledoux, de l’agence AW². Cette chambre du futur n’avait pas pour vocation de dicter un modèle de décoration ni de prédire ce qui se passerait l’année suivante. Elle constituait un lieu d’expérimentation pour explorer les besoins, les services et les usages d’une chambre quinze à vingt ans plus tard. Dix ans après, quelles idées ont réellement pris leur place dans l’hôtellerie ? Quelles autres peinent à se diffuser ? Et pourquoi certaines évidences, comme bien dormir dans une chambre d’hôtel, restent-elles encore si difficiles à garantir ?
Ce bilan est aussi une manière d’expliquer mon métier. Chez DELPORTE HOSPITALITY, j’accompagne les propriétaires, investisseurs, exploitants et architectes dans la conception ou la rénovation d’établissements. Il s’agit de définir, avant de dessiner, les expériences et les services qui donneront du sens à un hôtel dans plusieurs années. J’accompagne également les fournisseurs pour identifier des usages de leurs produits qu’ils n’avaient pas nécessairement envisagés, afin de répondre aux besoins de l’hospitalité de demain.
Ce que raconte cet article : ce que la Chambre ORIGINE® imaginait en 2016, ce qui s’est concrétisé dix ans plus tard, ce qui reste inégal, et ce que cette expérience apprend pour concevoir l’hôtel de 2036.
Pourquoi imaginer la chambre d’hôtel du futur et l’appeler ORIGINE® pour EquipHotel 2016 ?
Le nom ORIGINE était un choix délibéré : revenir à l’essentiel. Une chambre d’hôtel doit d’abord permettre de dormir, de se régénérer, de récupérer son énergie et de se sentir bien. Il ne suffisait pas d’ajouter des technologies ou de dessiner une belle décoration. Je voulais questionner les habitudes et rendre visibles des réponses nouvelles à des besoins humains durables.
J’ai choisi de travailler avec AW², et rencontré Reda Amalou et Stéphanie Ledoux, parce que leur sensibilité au lieu, à l’expérience vécue et aux enjeux environnementaux rejoignait cette démarche.
La Chambre ORIGINE® by DELPORTE HOSPITALITY était une véritable chambre d’hôtel, avec sa salle de bains, construite et ouverte à la découverte des visiteurs d’EquipHotel. Elle associait trois ambitions : être économe en énergie, privilégier des matériaux biosourcés et naturels, et favoriser le ressourcement de la personne accueillie. Sa conception explorait aussi la modularité des espaces, avec un bureau escamotable, et de nouveaux usages de la chambre. L’enjeu n’était pas de montrer une accumulation d’équipements, mais de rendre concrète une autre manière de penser le confort, les services et l’expérience client.
Ensemble, nous avons travaillé avec des fabricants, parfois en leur proposant des applications qu’ils n’avaient jamais imaginées pour l’hôtellerie. C’est ainsi que j’ai cherché, entre autres, à intégrer un simulateur d’aube : l’objectif était d’explorer un usage, pas d’exposer un gadget. Comment aider un client à mieux s’endormir et à se réveiller plus naturellement ? Ce travail avec les fournisseurs constitue toujours une dimension de mes missions : identifier des possibilités nouvelles à partir de leurs savoir-faire.
La chambre accueillait aussi un robot capable d’acheminer des objets jusqu’à la porte de la chambre du client. En 2016, il s’agissait d’une première en France, et à EquipHotel, dans un salon professionnel consacré à l’hôtellerie. Mon intention n’était pas de promouvoir le remplacement des collaborateurs par des machines, mais de poser dès cette époque la question de leur rôle futur dans le service hôtelier. Cette question devient plus pressante encore avec les progrès de l’intelligence artificielle. C’est important d’anticiper maintenant les enjeux de demain.
La Chambre ORIGINE® faisait partie des animations imaginées pour EquipHotel 2016. Installée au sein du salon, elle donnait aux visiteurs la possibilité de pénétrer dans un espace réel, de découvrir des solutions et de discuter directement avec les professionnels qui les avaient conçues. C’est ce que j’apprécie particulièrement à EquipHotel : la capacité du salon à faire dialoguer les hôteliers, les architectes et les fournisseurs, et à nourrir leur réflexion sur l’hôtellerie de demain.
Cette expérience a aussi permis de mieux cerner les enjeux de la chambre d’hôtel du futur et de prendre le temps d’une réflexion méthodique. Derrière les mots « bien-être », « durable » ou « expérience client », quelle promesse précise souhaitons-nous tenir ? Comment la traduire dans le parcours du client, dans l’aménagement des espaces et dans la création de nouveaux usages ? Comment accompagner les fournisseurs pour qu’ils adaptent leurs produits à ces besoins ? Ces questions structurent encore aujourd’hui ma manière d’accompagner les projets hôteliers chez DELPORTE HOSPITALITY.
Ressourcement en 2016, longévité en 2026 : qu’est-ce qui a changé ?
Le vocabulaire change parfois plus vite que les besoins. L’hôtellerie, comme d’autres secteurs, connaît des effets de mode autour de certains mots et concepts. Les « boutique-hôtels » ont occupé le devant de la scène, puis les hôtels « lifestyle » : derrière ces appellations, il s’agissait souvent de renouveler la manière de concevoir un lieu, son atmosphère et l’expérience proposée. Je retrouve aujourd’hui un phénomène comparable autour du bien-être. En 2016, je parlais de ressourcement et du besoin de se ressourcer dans une chambre. En 2026, le secteur met volontiers en avant la longévité, la récupération et la santé préventive. Ces mots ont leur intérêt, mais ils ne doivent pas masquer l’essentiel : permettre à chacun de se sentir bien, de préserver sa santé et de repartir dans un meilleur état qu’à son arrivée. C’était déjà ma conviction lorsque j’ai imaginé la Chambre ORIGINE®.
La promesse commence par le sommeil. Une chambre d’hôtel doit permettre de bien dormir, dans l’obscurité et le calme, avec une literie adaptée et une qualité de l’air satisfaisante. Dans les hôtels que je visite en France comme à l’étranger, je constate encore des voyants lumineux gênants, des rideaux qui laissent passer la lumière, des équipements mal pensés ou des nuisances sonores évitables. Dans plusieurs établissements récents, j’ai également observé la disparition de la porte intérieure qui séparait l’entrée de l’espace nuit, au détriment de la protection acoustique. Ces détails rappellent qu’une expérience de bien-être se construit d’abord à partir de choix concrets de conception et d’exploitation.
Mais le ressourcement ne s’arrête ni au lit ni à la porte de la chambre. Il concerne l’ensemble du séjour. Le spa peut y contribuer, bien sûr, mais aussi la qualité de la restauration, les produits proposés au petit déjeuner, la possibilité de boire une eau de qualité, les choix offerts au bar, l’activité physique et la façon dont l’hôtel accompagne les rythmes de vie de ses clients. Un établissement sans salle de fitness peut tout à fait suggérer des itinéraires pour courir ou marcher, proposer des activités à l’extérieur ou nouer des partenariats avec des professionnels locaux. La méditation peut également trouver sa place dans le parcours, notamment grâce à des applications, des contenus audios ou des dispositifs simples accessibles depuis la chambre. L’enjeu n’est pas de multiplier les prestations pour afficher une tendance, mais d’être force de proposition pour aider chaque client à prendre soin de lui.
Cette logique inspirait déjà les usages explorés dans la Chambre ORIGINE® by DELPORTE HOSPITALITY. J’avais notamment imaginé un service de soin des pieds, particulièrement pertinent après une journée de marche, de visites ou de congrès. Cette idée venait d’une sensation très simple : après une longue randonnée, quel plaisir de plonger ses pieds fatigués dans l’eau fraîche d’une rivière ! Pourquoi ne pas traduire cette expérience naturelle en un service hôtelier ? Ce travail sur le bien-être concerne autant la chambre que le restaurant, le bar et les espaces communs. Il suppose de définir une intention claire, puis d’accompagner l’architecte, le propriétaire et l’exploitant pour la rendre réelle dans les espaces, les équipements, les services et les gestes des équipes. C’est aussi le sens de l’Hospitalité généreuse® : prendre soin des personnes par des attentions concrètes, plutôt que par des promesses marketing.
Cette approche sera au cœur des échanges d’EquipHotel 2026. J’animerai notamment la conférence « Diffuser le bien-être dans tout le parcours client », le lundi 2 novembre 2026 de 10 h 30 à 11 h 15, au Wellness Lounge, hall 4. Une occasion de rappeler que le bien-être ne relève pas d’un seul espace ou d’un seul service : il doit irriguer l’ensemble de l’expérience hôtelière.
Comment la naturalité peut-elle enrichir l’expérience dans la chambre d’hôtel ?
La naturalité était, dès 2016, l’un des principes fondateurs de la Chambre ORIGINE® by DELPORTE HOSPITALITY. Elle prolongeait directement ma réflexion sur le ressourcement et le bien-être. Je souhaitais montrer que la protection de l’environnement pouvait non seulement réduire l’impact de l’hôtellerie sur la planète, mais aussi enrichir l’expérience du client et améliorer les conditions de travail des collaborateurs.
L’hôtellerie a une responsabilité environnementale importante. Un établissement consomme de l’énergie, de l’eau, des matières premières et génère des déchets. À cela s’ajoute l’impact des déplacements des voyageurs, notamment internationaux. Tous les hôtels doivent donc s’engager dans une démarche de développement durable, particulièrement les établissements haut de gamme et de luxe, qui ont aussi la capacité de faire évoluer les pratiques et d’entraîner leurs fournisseurs.
Pendant longtemps, le discours environnemental dans l’hôtellerie s’est principalement construit autour des économies et des restrictions : réduire la consommation d’eau, limiter le renouvellement du linge, diminuer les dépenses énergétiques ou supprimer certains produits. Ces démarches sont nécessaires, mais elles sont parfois perçues par les clients comme une réduction des prestations.
En 2016, je souhaitais défendre une autre approche : et si la protection de l’environnement devenait aussi une source de créativité et de bien-être ?
La Chambre ORIGINE® était économe en énergie et privilégiait les matériaux naturels et biosourcés. Mais la naturalité devait aller au-delà de ces choix techniques. Elle invitait à repenser la lumière, la qualité de l’air, les matières au contact du corps, les équipements et les petites attentions proposées au client. Le simulateur d’aube, la literie conçue dans une logique de recyclabilité ou encore les rituels du coucher participaient à cette réflexion.
Prenons l’exemple des sucreries traditionnellement déposées sur l’oreiller dans les hôtels de luxe. Si l’établissement promet le repos et le bien-être, est-il toujours pertinent de proposer du sucre juste avant le sommeil ? Pourquoi ne pas imaginer des infusions, des tisanes ou des confiseries sans sucres ajoutés, inspirées des plantes ? Il ne s’agit pas de supprimer le plaisir, mais de réfléchir à des attentions plus cohérentes avec la promesse du séjour.
Cette réflexion concerne également les matériaux utilisés pour les meubles, les rideaux, les revêtements ou les équipements, ainsi que les produits employés pour nettoyer les chambres. Certains traitements et produits chimiques peuvent contribuer à la pollution de l’air intérieur ou présenter des risques pour les personnes exposées. Leur composition, leur efficacité, leurs émissions et leurs conditions d’utilisation méritent donc une véritable attention, pour la santé des clients comme pour celle des collaborateurs.
Pourquoi concevoir une chambre uniquement pour ceux qui y dorment, sans penser à ceux qui y travaillent chaque jour ? Cette question faisait également partie de ma réflexion en 2016. Est-il raisonnable d’imposer aux équipes de déplacer quotidiennement des fauteuils lourds ou des tables de nuit difficiles à manipuler pour nettoyer correctement une chambre ? Pourquoi ne pas imaginer des meubles plus légers, des équipements plus accessibles, des solutions facilitant le soulèvement des matelas ou le changement des couettes ? L’ergonomie et la réduction de la pénibilité doivent être intégrées dès la conception.
Cette attention préfigurait ce que j’appelle aujourd’hui l’Hospitalité généreuse® : prendre soin de la personne accueillie sans oublier celle qui l’accueille. C’est le principe de symétrie des attentions, qui se traduit par des choix très concrets d’aménagement, de matériaux, d’équipements et d’organisation.
Une véritable politique de responsabilité sociétale et environnementale ne doit donc pas se limiter aux économies de ressources. Elle doit aussi améliorer les conditions de travail et contribuer au bien-être des équipes. Des collaborateurs dont les besoins sont pris en considération disposent de meilleures conditions pour s’impliquer pleinement dans leur métier et offrir, à leur tour, une expérience attentive et généreuse aux clients.
Avec la Chambre ORIGINE®, je souhaitais démontrer que la naturalité pouvait réconcilier trois ambitions : respecter davantage la planète, enrichir l’expérience client et mieux prendre soin des collaborateurs.
L’eau potable, un besoin vital qui mérite un véritable service hôtelier
En 2016, nous imaginions l’eau filtrée en chambre. Dix ans après, les hôtels l’adoptent-ils ?
À quoi sert d’imaginer la chambre d’hôtel du futur si les idées présentées ne trouvent jamais leur place dans les établissements ? Une idée présentée dans un salon professionnel peut-elle réellement transformer les pratiques de l’hôtellerie quelques années plus tard ?
J’avais souhaité intégrer dans la Chambre ORIGINE® by DELPORTE HOSPITALITY la possibilité pour le client de boire à volonté une eau potable de qualité, fraîche ou à température ambiante, plate ou pétillante, sans supplément. C’était une proposition qui ne faisait pas encore partie des usages hôteliers car les hôteliers proposaient uniquement des petites bouteilles d’eau généralement en plastique ou en verre.
Lors de la préparation de la Chambre ORIGINE® en 2016, j’ai rencontré Thibault Lamarque, fondateur de Castalie, pour lui proposer d’intégrer sa solution de filtration de l’eau dans l’univers de la chambre d’hôtel. Son entreprise développait alors principalement ses équipements dans la restauration et commençait à s’adresser à d’autres environnements, notamment les bureaux.
L’installation d’une fontaine à eau filtrée dans une chambre d’hôtel ne faisait pas partie de ses perspectives de développement. Cette application n’avait pas été envisagée. Notre échange a justement permis d’explorer cette possibilité, et Thibault a accepté de jouer le jeu et participer au projet.
Cette proposition reposait sur une réflexion simple : boire de l’eau est un besoin vital. Pourquoi l’accès à une eau potable de qualité ne serait-il pas pensé comme un service essentiel de l’hôtel, au même titre que le sommeil ou la qualité de l’air ?
Ma réflexion était également internationale. Dans certains pays, l’eau du robinet peut être consommée sans difficulté. Dans d’autres destinations, sa potabilité ou sa qualité peut susciter des interrogations chez les voyageurs. Je souhaitais donc imaginer un dispositif permettant au client d’accéder facilement à une eau dont la qualité était maîtrisée, indépendamment de sa destination.
Il ne s’agissait pas simplement de remplir une gourde dans l’univers de la salle de bains. J’imaginais un nouvel espace dans la chambre, une sorte de petit bar à eau, à proximité des équipements destinés au café et au thé, permettant de se servir une eau fraîche ou tempérée, plate ou pétillante.
Cette solution répondait également à un enjeu environnemental. Les bouteilles d’eau en plastique ou en verre nécessitent des approvisionnements, du stockage, des transports, une manutention quotidienne et une gestion des déchets. Même lorsque les contenants sont recyclables, leur utilisation mobilise des ressources et une organisation importante.
L’idée consistait à remplacer progressivement cette logique de bouteilles individuelles par un accès simple à l’eau filtrée, accompagné d’une gourde ou d’une carafe réutilisable.
Une innovation présente souvent un coût élevé lors de ses premières applications. L’histoire de l’hôtellerie montre que certains équipements apparaissent d’abord dans les palaces ou les suites les plus prestigieuses, avant de se diffuser dans les hôtels quatre et cinq étoiles, puis dans des catégories plus accessibles.
Dès 2016, j’avais donc imaginé plusieurs scénarios selon le positionnement de l’établissement et ses capacités d’investissement. Dans une suite de palace, la solution pouvait être intégrée directement à la chambre, au sein d’un espace dédié aux boissons.
Dans un hôtel haut de gamme, un distributeur pouvait être installé à chaque étage, près des ascenseurs, afin que le client puisse remplir une gourde mise à sa disposition dans sa chambre.
Dans un établissement économique ou de catégorie intermédiaire, un point d’eau filtrée pouvait être proposé dans le lobby, à proximité de la réception, avec une carafe ou une gourde disponible dans chaque chambre.
Cette logique n’était finalement pas si éloignée des machines à glaçons installées depuis longtemps dans les couloirs de certains hôtels. Pourquoi ne pas imaginer un service comparable pour l’eau potable ?
Dix ans après, des exemples concrets dans les hôtels
En 2025, dans un hôtel cinq étoiles parisien, j’ai découvert un distributeur d’eau filtrée installé à proximité des ascenseurs, avec une bouteille réutilisable mise à disposition dans la chambre.
Plus récemment, dans un appart’hôtel trois étoiles, j’ai retrouvé ce principe avec un distributeur situé près de la réception et une carafe disponible dans le studio, permettant de choisir entre eau plate et eau pétillante. Dans la chambre, une invitation encourageait le client à utiliser le contenant mis à sa disposition pour aller se servir en eau dans le lobby.
Enfin, dans un hôtel 4 étoiles récemment ouvert à Vilnius, en Lituanie, j’ai observé un espace aménagé près des ascenseurs, intégrant une petite kitchenette où les clients pouvaient notamment remplir leur bouteille.
Ces exemples, dans des établissements de catégories différentes, illustrent précisément les scénarios que j’avais envisagés en 2016. Ils ne signifient pas que l’eau filtrée est désormais généralisée dans toute l’hôtellerie, mais ils montrent qu’une idée encore prospective à l’époque a trouvé des applications concrètes.
J’avais d’ailleurs prolongé cette réflexion dès le 5 septembre 2017 dans un article intitulé « L’eau, un nouveau service en chambre », qui permet de retrouver cette proposition formulée bien avant sa diffusion actuelle.
Cet exemple résume l’intérêt d’une démarche prospective. Imaginer la chambre du futur ne consiste pas à accumuler des technologies spectaculaires. Il s’agit d’identifier des besoins durables, de proposer de nouveaux usages, de travailler avec les fabricants et d’anticiper les conditions économiques qui permettront à ces solutions de se diffuser.
L’eau filtrée n’était qu’une des propositions de la Chambre ORIGINE®. Mais dix ans après EquipHotel 2016, elle permet de mesurer concrètement le chemin parcouru entre une intuition, une expérimentation et son adoption progressive par les établissements hôteliers.
Dix ans après la Chambre ORIGINE®, quelles leçons pour imaginer l’hôtel de 2036 ?
Dix ans après la présentation de la Chambre ORIGINE® by DELPORTE HOSPITALITY à EquipHotel 2016, le bilan mérite d’être nuancé. Une démonstration réussie ne signifie pas qu’une innovation sera immédiatement adoptée par l’ensemble de l’hôtellerie. Certaines idées se diffusent progressivement, d’autres nécessitent des investissements importants, des transformations opérationnelles et parfois une profonde évolution des mentalités.
L’exemple de l’eau filtrée illustre bien ce phénomène. Une solution qui ne faisait pas partie des usages habituels de la chambre d’hôtel en 2016 trouve aujourd’hui sa place dans des établissements de différentes catégories. D’autres propositions, notamment autour de la robotisation, restent plus expérimentales. Quant au sommeil, à la qualité de l’air, à la naturalité et au ressourcement, ces préoccupations demeurent essentielles, même si leur prise en compte reste très inégale selon les établissements.
Pourquoi faut-il autant de temps pour transformer les habitudes de l’hôtellerie ?
L’hôtellerie est une industrie qui évolue lentement, notamment parce que les décisions d’investissement engagent les établissements pour de nombreuses années. Un hôtel ne renouvelle pas ses chambres ou ses équipements aussi facilement qu’une entreprise peut modifier un service numérique. Les travaux sont coûteux, les rénovations doivent être planifiées et les nouvelles solutions doivent démontrer leur intérêt économique autant que leur utilité pour les clients et les collaborateurs.
Mais les contraintes financières n’expliquent pas tout.
Il existe aussi une forme de résistance au changement. Les habitudes professionnelles, les standards des marques, les procédures d’exploitation et les traditions du secteur peuvent parfois freiner l’expérimentation. Pourquoi modifier un service qui fonctionne depuis vingt ans ? Pourquoi prendre le risque d’une solution encore peu répandue ? Pourquoi investir dans un équipement dont les bénéfices ne sont pas immédiatement mesurables ?
Ces interrogations sont légitimes. Pourtant, à force de reproduire les modèles existants, le risque est de concevoir aujourd’hui des établissements qui répondront demain aux attentes d’hier.
Je constate également que certaines transformations intéressantes viennent de professionnels extérieurs à l’hôtellerie. En développant leur propre établissement, ils apportent parfois un regard neuf, remettent en question des usages considérés comme évidents et imaginent d’autres façons de concevoir les espaces ou les services.
Cette capacité à sortir des habitudes constitue, à mes yeux, une condition importante de l’innovation.
La chambre de demain sera-t-elle plus modulable et plurielle ?
La modularité faisait déjà partie des réflexions développées dans la Chambre ORIGINE® by DELPORTE HOSPITALITY en 2016, notamment avec un bureau escamotable qui pouvait disparaître lorsqu’il n’était pas utilisé. Cela représentait un gain de place dans la chambre en fonction du besoin du client.
Dix ans après, cette question mérite d’être approfondie. Pourquoi une chambre devrait-elle conserver exactement la même configuration pendant toute la durée du séjour, alors que les besoins du client évoluent au fil de la journée ?
J’ai notamment découvert des prototypes de lits capables de monter au plafond ou de se replier dans un mur pour libérer une partie importante de la surface. Ces solutions ne sont pas encore courantes dans l’hôtellerie, mais elles ouvrent des perspectives intéressantes.
Une chambre pourrait ainsi accueillir des usages différents selon les moments : dormir, travailler, pratiquer une activité physique, se détendre ou recevoir ponctuellement une autre personne. L’espace disponible ne serait plus seulement défini par sa superficie, mais aussi par sa capacité à se transformer.
Cette réflexion m’amène à imaginer une chambre plurielle, dont les fonctionnalités pourraient évoluer selon les attentes du client, la destination et le positionnement de l’hôtel.
Il ne s’agit pas nécessairement de multiplier les mécanismes ou les équipements sophistiqués. La modularité doit répondre à un besoin réel, rester simple à utiliser et être compatible avec les contraintes d’entretien et d’exploitation.
C’est néanmoins un sujet prometteur pour les prochaines années, notamment dans les établissements où chaque mètre carré compte.
L’hôtel de 2036 se décide-t-il dès aujourd’hui ?
Dix ans après la Chambre ORIGINE®, une conviction demeure : l’hôtel de demain ne se prépare pas en reproduisant systématiquement les solutions d’hier.
L’intelligence artificielle, l’automatisation, la robotisation, les matériaux intelligents et les nouvelles attentes en matière de bien-être vont continuer à transformer les usages. Mais les évolutions les plus importantes ne seront pas nécessairement les plus spectaculaires. Elles viendront aussi de notre capacité à mieux comprendre les besoins humains et à remettre en question certaines habitudes.
Un propriétaire ou un investisseur qui engage aujourd’hui un projet hôtelier prépare parfois une ouverture dans trois ou quatre ans. Mais un hôtel ne se conçoit pas uniquement pour son inauguration. Les choix architecturaux, techniques et opérationnels doivent lui permettre de rester pertinent pendant quinze ou vingt ans.
Pour mesurer cet enjeu, il suffit de se replacer en 2000 et de regarder les transformations intervenues depuis : l’usage du téléphone portable, l’accès à Internet, les réservations en ligne, les nouvelles façons de travailler ou les attentes environnementales ont profondément modifié le quotidien des voyageurs et le fonctionnement des hôtels.
Que deviendront nos habitudes actuelles en 2036 ? Quels services considérerons-nous alors comme indispensables ? Quels équipements aujourd’hui exceptionnels deviendront ordinaires ? Et quelles prestations continuerons-nous à proposer simplement parce qu’elles ont toujours existé ?
Ces questions méritent d’être posées avant de dessiner les chambres, de choisir les équipements et de définir les services.
C’est précisément l’intérêt de la prospective et le sens de mon travail chez DELPORTE HOSPITALITY : accompagner les décideurs dans cette réflexion, confronter les idées aux réalités économiques et opérationnelles, et transformer une vision de l’hospitalité en expériences concrètes.
La chambre d’hôtel du futur ne commence pas en 2036. Elle commence avec les décisions prises aujourd’hui.
Pourquoi EquipHotel reste-t-il un lieu privilégié pour imaginer l’hôtellerie de demain ?
EquipHotel occupe une place particulière dans ma réflexion prospective. Ce salon permet de découvrir, au même endroit, des innovations issues de nombreux univers : l’aménagement, le mobilier, la literie, le linge, les équipements techniques, le spa, le bien-être, la restauration, les boissons, les services ou encore les nouvelles technologies.
Cette diversité est précieuse. Une innovation intéressante pour l’hôtellerie ne vient pas nécessairement d’un fabricant spécialisé dans la chambre. Elle peut naître d’un équipement destiné à la restauration, d’une solution imaginée pour le bien-être ou d’une technologie développée pour un autre secteur.
À EquipHotel, je prends le temps d’observer les produits, de rencontrer les entreprises, de comprendre leurs innovations et de réfléchir à leurs applications possibles dans l’expérience hôtelière. Le salon permet non seulement de découvrir ce qui existe, mais aussi de percevoir ce qui pourrait se développer demain.
C’est également dans cet esprit que j’ai créé en 2018 le Parcours Luxe by DELPORTE HOSPITALITY, dont la quatrième édition se tiendra en novembre 2026. Cette sélection d’exposants me permet d’étudier de nombreuses propositions et de mettre en lumière des entreprises dont les solutions peuvent contribuer à faire évoluer l’hôtellerie haut de gamme et de luxe.
Ce travail d’observation se poursuit tout au long de l’année. À travers DELPORTE HOSPITALITY Mag et ma newsletter, je partage régulièrement des articles, des analyses et des découvertes nourries par les échanges avec les professionnels, les innovations présentées et les informations que je reçois du secteur.
Cette veille permanente est essentielle pour comprendre les transformations en cours et identifier les nouveaux usages susceptibles de répondre aux attentes de demain.
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