Chaque année, le MIPIM de Cannes rassemble les acteurs majeurs de l'immobilier et de l'investissement mondial. C'est aussi, pour les professionnels de l'hôtellerie, l'un des rendez-vous les plus stratégiques pour prendre le pouls des marchés, écouter les analystes et confronter les tendances de fond. En mars 2026, les données présentées par STR, société de référence en matière d'analyse hôtelière mondiale, dressent un tableau à la fois nuancé et riche d'enseignements.
Que révèlent vraiment les données du MIPIM 2026 ?
Le marché hôtelier mondial n'est plus en reprise : il entre dans une phase de recomposition, où la performance se joue désormais par segment et par région.
Le MIPIM, c'est bien plus qu'un salon immobilier. C'est un lieu de confluence où les grandes décisions d'investissement se préparent, où les tendances de fond s'échangent entre développeurs, propriétaires, asset managers et opérateurs hôteliers. Cette année encore, les discussions autour des actifs hôteliers ont occupé une place centrale. Les chiffres présentés par STR lors de cette édition sont venus confirmer plusieurs convictions que je partage depuis quelques années, tout en introduisant des zones d'incertitude nouvelles, notamment sur les flux touristiques internationaux.
Le marché hôtelier mondial traverse une phase de transition. La reprise post-pandémique est désormais digérée dans la plupart des marchés matures. Ce qui s'observe aujourd'hui, c'est une recomposition en profondeur des flux de demande, des équilibres géographiques et des modèles de performance. Comprendre ces dynamiques n'est plus seulement utile, c'est nécessaire pour quiconque prend des décisions d'investissement, de développement ou de positionnement dans l'hôtellerie internationale.
Où en est le marché hôtelier européen en 2026 ?
En janvier 2026, le RevPAR européen a retrouvé, et parfois dépassé, son niveau de 2018, mais l'écart se creuse entre le luxe et l'économique.
En janvier 2026, le RevPAR européen a retrouvé, voire dépassé, son niveau de 2018. C'est un signal fort : la dynamique hôtelière européenne reste solide, portée par une demande de loisirs robuste et par la montée en puissance du segment luxe. Mais derrière cet agrégat, les écarts se creusent.
Le marché parisien illustre parfaitement cette bifurcation. Les hôtels de luxe tirent la performance vers le haut, grâce à des hausses de tarif soutenues. À l'opposé, les établissements économiques peinent à consolider leurs parts de marché et affichent des résultats moins favorables en termes de rentabilité nette. Cette divergence n'est pas anecdotique : elle traduit une réalité structurelle du marché européen, où la demande premium est plus résiliente que la demande price-sensitive face à l'inflation.
L'Europe du Sud, Grèce, Espagne, Portugal, Italie, continue de tirer son épingle du jeu. La Grèce et la Suisse affichent les meilleures performances en termes d'ADR sur les premiers mois de 2026. L'Italie, portée par les Jeux olympiques d'hiver de Milano-Cortina qui ont débuté en février, enregistre une croissance de l'ADR d'environ 5 %. L'Autriche bénéficie d'un effet similaire grâce au tourisme hivernal alpin.
L'Europe centrale et orientale, longtemps à la traîne dans la reprise post-Covid, est désormais la zone affichant la croissance d'occupation la plus rapide, avec une progression juste inférieure à 3 %. Des destinations comme la Géorgie, qui projette une augmentation de 52 % de son parc hôtelier par rapport à son inventaire actuel, ou l'Azerbaïdjan attirent une clientèle internationale en quête d'authenticité et de dépaysement, notamment sur le segment luxe.
Faut-il encore investir au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique ?
Le Moyen-Orient conserve un pipeline considérable, près de 100 000 chambres pour la seule Vision 2030 saoudienne, mais la croissance des tarifs ralentit et les tensions géopolitiques pèsent.
Le Moyen-Orient a connu des années d'exception. Les pays du CCG, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, ont affiché des performances hôtelières remarquables en 2025, portées par des investissements massifs dans le tourisme, une diversification économique volontariste et une meilleure connectivité aérienne. Mais la croissance de l'ADR commence à ralentir, et les tensions géopolitiques régionales introduisent une nouvelle variable de risque.
Dans le cadre de la Vision 2030 saoudienne, près de 100 000 nouvelles chambres d'hôtel sont attendues sur le marché. Une part significative de ces projets est déjà en construction, tandis qu'environ la moitié reste en phase de planification. La question n'est plus tant de savoir si ces projets verront le jour, mais à quel rythme et dans quel contexte de demande ils émergeront.
En Asie-Pacifique, le tableau est contrasté. Le Vietnam et l'Indonésie tirent la performance vers le haut, avec des taux d'occupation solides, environ 63 % pour le Vietnam malgré un fort développement de l'offre, et une croissance tarifaire soutenue. La Chine, en revanche, a pris plus de temps à se remettre de la pandémie. Si les signes de reprise sont apparus en fin d'année 2025, le début 2026 reste fragile. Le Japon a, lui, très bien performé tout au long de 2025, avant d'amorcer une légère phase de stabilisation en janvier. La Thaïlande a traversé une première partie d'année difficile en 2025, mais montre des signes de redressement depuis le Nouvel An chinois de mi-février.
Une différence notable sépare l'Asie-Pacifique de l'Europe : dans la région APAC, la croissance est davantage portée par les marchés émergents et par les segments économiques et milieu de gamme, là où en Europe c'est le luxe qui tire la locomotive.
Les voyageurs dépensent-ils toujours autant ?
Le voyage reste une priorité budgétaire, mais la dépense se déplace : moins sur l'hébergement, davantage sur les expériences.
L'une des tendances les plus importantes que j'observe, et que les données viennent confirmer, est le maintien du voyage comme priorité budgétaire, même dans un contexte d'inflation et d'incertitude économique. Le voyageur d'aujourd'hui ne renonce pas au voyage ; il réorganise ses arbitrages internes.
Ce que les données montrent avec clarté, c'est un glissement des dépenses à l'intérieur du voyage : moins sur l'hébergement, davantage sur les expériences, gastronomie, activités, culture. Le voyageur cherche de la valeur et du sens. Il accepte de payer pour ce qui lui paraît authentique et mémorable. En revanche, il devient plus exigeant en matière de rapport qualité-prix sur l'hébergement.
Cette évolution a des implications directes pour les acteurs de l'hôtellerie. Proposer une expérience différenciante, que ce soit à travers l'architecture, la gastronomie, le service ou l'ancrage local, n'est plus un avantage concurrentiel ; c'est une condition d'attractivité. Des hôtels comme le Rosewood à Hong Kong, l'Aman à Tokyo ou le Six Senses à Ibiza incarnent cette capacité à transformer un séjour en expérience narrative. Ce positionnement tire la performance tarifaire vers le haut, indépendamment des cycles économiques.
Pourquoi les hôtels indépendants rejoignent-ils des marques ?
La brandisation a gagné cinq à dix points sur les segments inférieurs depuis la pandémie, parce qu'une marque apporte distribution, fidélisation et standards opérationnels.
Au cours des dix dernières années, l'Europe a connu une transformation silencieuse mais profonde : la conversion d'hôtels indépendants en établissements de marque. Cette tendance s'est nettement accélérée depuis la pandémie. Sur les segments inférieurs, elle représente une progression de 5 à 10 points de pourcentage selon les marchés.
Les raisons sont multiples : puissance de distribution, fidélisation client, standards opérationnels, visibilité internationale. Pour un propriétaire ou un investisseur, rejoindre un réseau de marque permet de réduire les coûts d'acquisition client, de bénéficier d'un pricing power accru et de valoriser l'actif à la revente. Cette dynamique réduit progressivement les écarts de performance entre les différents segments hôteliers européens.
Quelles destinations émergentes faut-il surveiller ?
La Géorgie, le Maroc, l'Égypte, le Vietnam et l'Indonésie concentrent aujourd'hui les meilleures perspectives, avec une concurrence encore modérée.
Parmi les tendances les plus marquantes de cette édition du MIPIM, la montée en puissance de destinations jusqu'alors considérées comme périphériques retient l'attention. Le Maroc, bien que situé hors d'Europe, s'inscrit dans la même catégorie de destinations méditerranéennes de loisirs que la Grèce ou l'Espagne, et connaît une croissance comparable. Les projections à horizon 2030 indiquent un développement significatif, avec de nombreux projets hôteliers en cours ou planifiés dans le Royaume.
L'Égypte, portée par le développement de ses stations balnéaires en mer Rouge, affiche des projections de croissance autour de 7 %. Vietnam, Indonésie, Géorgie, Azerbaïdjan : ces marchés partagent un point commun, ils offrent à la fois des expériences nouvelles et un meilleur rapport valeur pour les voyageurs internationaux. Pour les investisseurs, ils représentent une fenêtre de développement encore ouverte, avant que la compétition ne se densifie.
La personnalisation joue un rôle croissant dans ces marchés. Le voyageur qui choisit la Géorgie ou le Vietnam ne cherche pas un hôtel standardisé : il cherche une immersion, une cohérence entre le lieu, l'architecture, la cuisine et l'accueil. C'est précisément dans ces marchés émergents que les projets hôteliers pensés dès l'origine avec une vision expérientielle forte trouvent les conditions les plus favorables.
Comment investir malgré l'incertitude géopolitique ?
Les cycles saisonniers de l'hôtellerie restent remarquablement stables, ce qui invite à ne pas surréagir aux turbulences de court terme.
Les prévisions pour 2026 et 2027 tablent sur une reprise plus lente du marché hôtelier européen. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, affectent les flux aériens internationaux et renchérissent les coûts du transport. Les hubs de Dubaï, Doha et Abu Dhabi représentent environ 14 % du trafic mondial de correspondance : toute perturbation dans cette zone a des répercussions bien au-delà de la région.
L'impact direct sur l'Europe se traduit par une réduction potentielle d'environ 10 % de la demande touristique dans certains marchés exposés, Royaume-Uni, Suisse, Chypre en tête. Mais la demande de courte distance, intra-européenne, constitue un amortisseur puissant. En 2028, les projections sont plus favorables, avec un retour à une croissance positive soutenue par de grands événements, notamment le Championnat d'Europe de football en Angleterre et en Irlande.
Cette lecture cyclique est précieuse pour les investisseurs et les opérateurs. Elle invite à ne pas sur-réagir aux turbulences de court terme, tout en restant attentif aux signaux de recomposition structurelle, montée des destinations émergentes, glissement de la demande vers l'expérientiel, accélération de la brandisation, qui, eux, sont durables.
Ce qu'il faut retenir
Les fondamentaux du tourisme mondial restent solides : la demande de voyage ne fléchit pas, elle se déplace.
Ce que confirment les données STR présentées au MIPIM 2026, c'est que le tourisme mondial traverse une période de turbulences, mais que ses fondamentaux restent solides. La demande de voyage ne fléchit pas ; elle se réorganise. Les voyageurs sont plus sélectifs, plus informés, plus exigeants en matière d'expérience, mais ils voyagent. Et ils sont prêts à payer pour ce qui leur paraît unique, authentique, mémorable.
Deux perspectives concrètes se dégagent de cette analyse. D'une part, les acteurs qui ont investi dans la qualité d'expérience et dans la différenciation sont les mieux armés pour traverser les phases d'incertitude. D'autre part, les destinations émergentes, du Maroc à la Géorgie, du Vietnam à l'Égypte, offrent des fenêtres de développement que les investisseurs avisés auraient tort d'ignorer. Le marché hôtelier mondial se recompose. Ceux qui en comprennent la logique profonde sont ceux qui en écriront les prochains chapitres.
En bref
• RevPAR européen en janvier 2026 : au niveau de 2018, en légère progression sur 2025.
• Le luxe surperforme partout ; l'économique peine à progresser sur le fond.
• Grèce, Suisse, Islande : meilleures performances ADR en Europe début 2026.
• Italie : croissance ADR ~5 % portée par les JO d'hiver Milano-Cortina.
• Géorgie : +52 % de supply hôtelière projetée, exemple de destination émergente à surveiller.
• Moyen-Orient : ~100 000 chambres dans le pipeline Vision 2030 saoudienne.
• Hubs aériens du CCG (Dubaï, Doha, Abu Dhabi) : ~14 % du trafic mondial de correspondance.
• Égypte : croissance touristique projetée à ~7 %, portée par la mer Rouge.
• 2028 : retour attendu à une croissance plus soutenue, soutenue par l'Euro de football UK/Irlande.
• Tendance de fond : glissement des dépenses voyage vers l'expérience, au détriment de l'hébergement standard.
Sources : STR, données présentées au MIPIM, Cannes, mars 2026.
Partagez cet article à un collègue, un client ou un partenaire.
C'est souvent comme ça qu'une idée entre dans une maison, puis dans ses habitudes.
Ce que vous en dites compte plus que ce que j'en dis.
Une conférence, une mission, un article du magazine : si mon travail vous a servi, quelques lignes sur Google valent tous les arguments.
Laisser un avis sur Google →









