L’art de recevoir à la française : pourquoi la sincérité reste la clé de l’hospitalité selon Pierre Gagnaire

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L’art de recevoir à la française, c’est la sincérité

Dans un contexte où l’expérience client tend à s’uniformiser à l’échelle internationale, la question de l’art de recevoir à la française revient avec force dans l’hôtellerie et la restauration de luxe.
À travers une rencontre avec Pierre Gagnaire, chef emblématique de la scène gastronomique mondiale, une conviction s’impose : la sincérité de la relation reste le fondement d’une hospitalité durable et différenciante.

Pierre Gagnaire est l’un des grands chefs français. Il dirige aujourd’hui une dizaine de restaurants à travers le monde, dont le restaurant Restaurant Pierre Gagnaire, rue Balzac à Paris. J’ai eu l’opportunité de le rencontrer lors de la présentation de son partenariat avec le Groupe Barrière. Il signe désormais la carte du restaurant du Fouquet’s Cannes, illustrant une volonté de transmettre un certain art de vivre à la française.

À travers cet échange, une idée forte émerge : dans un monde où les standards de service tendent à s’uniformiser, la sincérité devient un véritable levier de différenciation dans l’expérience client.

Pour vous qu’est-ce que l’art de recevoir à la française ?

C’est de la sincérité, la sincérité de la relation que nous avons avec nos clients.

Je voyage énormément, et je n’arrive pas à me faire à l’idée de rencontrer quelqu’un que je n’ai jamais vu me demander : « How are you today ? ». Désolé, mais nous ne nous connaissons pas… En réalité, c’est une espèce de formule rabâchée en permanence dans les pays anglo-saxons. L’art de recevoir à la française ne correspond pas à cet état d’esprit. Nous ne sommes pas dans cette relation « familière » en deux minutes avec nos clients. Nous avons besoin d’un temps d’adaptation.

Dans un restaurant, même si la relation est brève, il ne faut pas faire ce métier de façon mécanique. Aujourd’hui nous savons que nous sommes dans une époque difficile, où les métiers de services ont beaucoup moins « la cote ». C’est pour cela que j’essaye de veiller à ce que les gens qui sont en contact direct avec le client soient à la hauteur de mes intentions.

Je dis toujours à mes équipes que certes nous ne connaissons pas le client, mais nous allons lui faire plaisir car ce client va rester 3 heures chez nous. C’est lui qui choisit de venir au sein de notre établissement, donc nous nous devons de le lui procurer beaucoup de plaisir.
Ici, nous sommes au bar de la Brasserie du Fouquet’s à Paris. Pour moi, un endroit comme celui-ci est un lieu qui caractérise la France.  Nous nous y sentons bien. Nous ne sommes pas dans un endroit i-tech, mais plutôt dans un endroit qui a de la patine. Aujourd’hui c’est un peu ce que je revendique, car la patine c’est ce qui donne de l’excellence aux choses.

Cette notion de “patine” dépasse l’esthétique : elle renvoie à une mémoire du lieu, à une capacité à créer une émotion durable, bien au-delà d’un design contemporain standardisé.

Cette approche rejoint directement les fondements de l’hospitalité généreuse que promeut DELPORTE HOSPITALITY  : une relation qui ne se simule pas, mais qui se construit dans la justesse et la présence.

Des codes et des fondamentaux

Quand vous ouvrez un restaurant à l’étranger est-ce que vous apportez une touche française dans le bâtiment ? Quels sont les codes que vous reprenez ?

J’essaye dans la mesure du possible de donner mon point de vue dans la conception de mes restaurants. Par exemple, à Séoul, nous avons fait un restaurant où j’ai complètement contrôlé  le projet avec Olivier Gagnaire qui a réalisé le décor. Et cet endroit est vraiment un lieu très très français et qui répond néanmoins très bien aux codes asiatiques.

Olivier Gagnaire a de vraies références de la culture française, car il connait l’histoire des matériaux qui donnent de l’authenticité aux lieux. Nous essayons de faire des espaces confortables, élégants, un peu d’humour, un peu râleurs, avec un côté impertinent, un peu à l’image des français en réalité.

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Salon privé du restaurant de Séoul

Quelle est votre vision de la brasserie que vous allez proposer au sein des restaurants du Groupe Barrière ?

Un client fait l’effort de nous choisir et il vient 3 heures chez nous. C’est un moment important. Il s’en passe des choses pendant un déjeuner. Le repas permet de passer un bon moment et d’échanger entre les participants. C’est ce que nous essayons de faire dans nos restaurants en proposant une cuisine comportant les fondamentaux d’une brasserie : une blanquette de veau, un bon saumon fumé coupé à la tranche, une belle pièce de bœuf, une sole meunière, des pommes de terre coin de rue par exemple.

Ce qu’il faut retenir :

À travers les propos de Pierre Gagnaire, une conviction se dessine clairement : l’art de recevoir à la française ne repose ni sur des standards figés ni sur des automatismes, mais sur une sincérité relationnelle exigeante.

Dans un contexte où l’expérience client tend à se standardiser, cette approche constitue un véritable levier de différenciation pour les acteurs de l’hôtellerie et de la restauration.

Elle rejoint directement les principes de l’hospitalité généreuse : accueillir avec justesse, créer du lien et offrir une expérience qui dépasse le simple service pour devenir un moment vécu.

Pierre Gagnaire


Biographie de Pierre Gagnaire :

Pierre Gagnaire est né le 9 avril 1950 à Apinac dans la Loire. Son père, chef propriétaire du restaurant Le Clos Fleuri à Saint-Priest-en-Jarez lui communique sa passion du métier. Après une formation de pâtissier, Pierre Gagnaire travaille au sein d’un des restaurants de Paul Bocuse et décide de devenir chef cuisinier. Plus tard, il reprendra le restaurant de son père. Après 6 ans derrière les fournaux du Clos Fleuri, Pierre Gagnaire ouvre son premier restaurant à Saint Etienne à l’âge de 31 ans. Dans un décor avant-gardiste, il proposera aux stéphanois une cuisine à l’instar des lieux, créative et esthétique, savante. Le Guide Michelin lui décerne les trois étoiles tant convoitées par la profession.

En 1995, à la suite de difficultés financières, Pierre Gagnaire quitte la région stéphanoise pour ouvrir un restaurant à Paris où il reprend la table de l’Hôtel Balzac. Il récupérera très vite ses 3 étoiles.

Durant les années 2000 éclosent de nombreuses enseignes à son nom : à Tokyo, Dubaï, Séoul, Las Vegas, Moscou, Berlin ou encore Londres.