J’ai eu le plaisir de séjourner deux nuits au JANEIRO Hotel, face à l’océan Atlantique, sur la plage de Leblon, à Rio de Janeiro. Ouvert en 2018, cet hôtel intimiste de 51 chambres et suites, toutes orientées vers la mer, est aujourd’hui un hôtel situé dans un quartier résidentiel, élégant, profondément ancré dans la vie locale.
Dès l’arrivée, l’expérience est fluide, naturelle, évidente. Ici, l’hospitalité ne se proclame pas, elle se ressent. J’ai particulièrement apprécié la relation simple et sincère avec les équipes, leur présence attentive, leur manière d’être, cette sensation immédiate d’être accueilli comme dans une maison ouverte sur la ville et l’océan. Le JANEIRO Hotel est un lieu vivant, chaleureux, profondément humain, où chaque détail semble pensé pour créer du lien.L’architecture de l’hôtel a été imaginée par Lia Siqueira, autour du concept d’une résidence carioca contemporaine, ponctuée de touches modernistes subtiles. Le bois, omniprésent dans la structure, le mobilier et la décoration, dialogue avec le marbre travertin, une palette de tons sableux et la lumière naturelle. Les matières – bois, paille, lin – prolongent cette sensation de douceur et de légèreté jusque dans les chambres, toutes ouvertes sur la plage de Leblon.

La curation artistique est signée par Oskar Metsavaht, créateur, photographe et fondateur de la marque Osklen et propriétaire de l’hôtel. À travers les œuvres, les objets et les archives personnelles, l’art devient ici une présence intime et vivante, profondément liée au mode de vie carioca, à la nature et à une vision engagée de la durabilité. Il possède également une galerie d’art en face du Jardin Botanique que j’ai visité.
À la tête du JANEIRO Hotel, Paola Tonini Moura incarne cette vision d’une hospitalité sincère et fluide. Directrice de l’établissement, elle place la relation humaine, l’attention portée aux équipes et l’authenticité de l’expérience au cœur de son approche. Sa manière de diriger reflète l’esprit du lieu : une hospitalité libre, chaleureuse, profondément ancrée dans la vie de Rio.
C’est avec elle que j’ai échangé autour de l’art de recevoir, du luxe, de la culture carioca et de la manière dont le JANEIRO Hotel traduit ces valeurs au quotidien.
Quelle est votre vision de l’art de recevoir au Brésil, et plus particulièrement à Rio de Janeiro ?
Pour moi, l’art de recevoir commence par le sens même du mot hospitalité. Il vient du mot hôpital, et à l’hôpital, les gens prennent soin des autres. Accueillir signifie avant tout prendre soin.
Cela demande de l’empathie. Il s’agit de comprendre d’où viennent les personnes, pourquoi elles voyagent, dans quel état émotionnel elles arrivent. Certaines viennent célébrer un moment heureux, d’autres cherchent à se reposer, d’autres traversent une période plus délicate. L’hospitalité repose sur cette capacité à ressentir cela et à adapter l’accueil de manière juste.
Plus je comprends une personne, plus je peux prendre soin d’elle sincèrement. Cette approche vaut autant pour nos invités que pour nos équipes. Il est impossible d’être pleinement présent pour les autres sans prendre soin de soi-même.
Au Brésil, et particulièrement à Rio de Janeiro, l’art de recevoir est intimement lié au mode de vie. Il est naturel, fluide, sincère. L’objectif n’est pas d’impressionner par un luxe figé, mais de créer une relation, une sensation de maison, un sentiment d’appartenance. L’accueil est chaleureux, vivant, incarné. Les invités entrent dans une énergie, dans une manière d’être au monde.
Comment le JANEIRO Hotel incarne-t-il cette vision à travers son architecture, son identité artistique et l’esprit carioca ?
Le JANEIRO Hotel a été pensé comme une maison carioca contemporaine, pas comme un hôtel traditionnel. Nous sommes situés à Leblon Beach, à Rio de Janeiro, une plage proche d’Ipanema, mais avec une identité très différente. Leblon est un quartier plus résidentiel, plus familial, avec une énergie très spécifique. Mais au-delà de l’emplacement, le Janeiro Hotel est un hôtel qui se pense comme une manière de vivre la ville. Le décor, l’atmosphère, l’architecture intérieure ne sont pas là pour impressionner, mais pour raconter une histoire
L’architecture imaginée par Lia Siqueira met en avant des matériaux naturels, avec une place centrale donnée au bois, associé à la pierre, aux fibres naturelles et à la lumière. L’idée n’a jamais été d’imposer un décor, mais de créer une continuité avec l’environnement, sans barrière entre l’intérieur et l’extérieur.
Ce concept se retrouve dans les chambres. Elles sont spacieuses, lumineuses, ouvertes sur la plage de Leblon. Les matières comme la paille naturelle, le lin, le bois créent une atmosphère douce, chaleureuse, presque domestique. Tout invite à ralentir, à respirer, à observer la mer.
La curation artistique signée par Oskar Metsavaht joue un rôle fondamental. Les œuvres, les photographies et les objets racontent une histoire personnelle, familiale et culturelle. L’art n’est jamais décoratif : il devient une expression intime, vivante, qui donne une véritable âme au lieu.
L’esprit carioca traverse l’ensemble du projet. Être carioca ne se limite pas à un lieu de naissance, c’est un mode de vie. C’est la relation à la mer, à la lumière, au mouvement, à la nature. À Rio, la vie se vit beaucoup dehors. Les gens se lèvent tôt, courent sur la plage, surfent, font du sport, se déplacent à vélo.
Cette énergie se retrouve dans l’expérience proposée aux invités : toutes les chambres donnent sur la mer, des vélos sont mis à disposition, et des espaces sont dédiés au bien-être, comme le yoga ou la méditation. L’objectif reste toujours le même : offrir une immersion sincère dans la vie carioca, telle qu’elle est réellement vécue par les habitants.

Quel rôle jouent les équipes dans cette expérience et dans votre définition du luxe ?
L’expérience d’accueil ne peut pas exister sans les équipes. Tout commence par la culture interne. Les collaborateurs vivent le même mode de vie que celui proposé aux invités. Beaucoup sont des cariocas, ce qui rend cette transmission naturelle.
Le luxe tel que je le conçois n’est ni rigide ni ostentatoire. Il repose sur la relation humaine, sur la qualité du service, sur la liberté d’être soi-même. Cela se traduit jusque dans les tenues, volontairement légères et confortables, dessinées par notre designer. Les équipes se sentent plus libres, plus naturelles, plus proches des invités.
Lorsque les collaborateurs se sentent bien, accueillis et écoutés, cela se ressent immédiatement. S’ils se sentent chez eux, les invités ressentent exactement la même chose. Cette sensation de maison partagée crée une différence profonde et durable.
Prendre soin des invités commence par le soin apporté aux équipes. Cette responsabilité est centrale. Des moments réguliers d’échange existent, à travers des briefings hebdomadaires et un programme interne appelé Coffee with Ideas.
Ces rencontres permettent aux collaborateurs de partager librement leurs idées, leurs ressentis et leurs propositions. Les suggestions sont écoutées, étudiées et mises en œuvre lorsque cela est possible. Lorsque les équipes voient leurs idées prendre vie, elles se sentent valorisées, engagées et impliquées.
Cette confiance et cette implication se reflètent naturellement dans la relation avec les invités, dans la qualité de présence, dans l’attention portée à chaque détail.
Quelle place occupe la durabilité dans votre vision de l’hospitalité ?
La durabilité est l’un des piliers fondamentaux du Janeiro Hotel.. Elle ne se limite pas à un discours, elle se vit au quotidien. L’engagement d’Oskar Metsavaht à travers l’Institut E, ses projets environnementaux et son travail avec les communautés locales influencent profondément la philosophie du lieu.
Dans l’hôtel, cela se traduit par des actions concrètes : réduction du plastique, filtres à eau, limitation des produits à usage unique, travail avec des producteurs locaux, recyclage des déchets organiques transformés en compost. Même les détails racontent une histoire, comme les sacs à linge fabriqués à partir de filets de pêche récupérés sur les plages.
Rio de Janeiro est une ville où la nature et l’urbanisme cohabitent de manière unique. Entre la mer, les montagnes et la forêt urbaine, l’équilibre est fragile et précieux. Le JANEIRO Hotel est une expression de cet esprit carioca : un lien profond entre hospitalité, nature, art et responsabilité.
Les clefs de lecture de Laurent Delporte :
Ce qui me semble particulièrement juste dans le positionnement du JANEIRO Hotel, c’est la capacité du lieu à assumer une identité forte, située, presque engagée. À Rio de Janeiro, les quartiers ne sont pas de simples zones géographiques : ce sont des mondes à part entière, avec des rythmes, des cultures, des énergies très différentes. Leblon n’a rien à voir avec Ipanema, Copacabana ou Santa Teresa. Réussir à traduire cette identité résidentielle, élégante et profondément locale dans un hôtel constitue un véritable enjeu. Ici, je ressens clairement que l’hôtel ne cherche pas à plaire à tout le monde, mais à incarner un lieu précis, une manière de vivre Rio. Cette capacité à faire ressentir immédiatement où l’on se trouve est, à mes yeux, l’un des grands succès du JANEIRO Hotel.
L’art et la culture jouent également un rôle structurant dans cette expérience. La curation signée par Oskar Metsavaht ne se limite pas aux œuvres exposées ou aux objets choisis : elle imprègne l’ensemble du lieu, jusque dans les uniformes des équipes, dessinés par lui. Ce détail est loin d’être anecdotique. Il contribue à créer une atmosphère à la fois contemporaine, décontractée, élégante et profondément carioca. Il brouille volontairement les codes classiques de l’hôtellerie, au profit d’un art de recevoir plus libre, plus vivant, plus incarné. Cette approche culturelle devient alors un véritable levier d’hospitalité : elle crée de la proximité, de la curiosité, et surtout du lien.
Enfin, l’expérience se prolonge de manière très agréable dans les espaces de restauration et de convivialité. J’ai particulièrement apprécié le petit déjeuner servi à la carte, qui rompt avec les formats standardisés et invite à prendre le temps, face à la mer. Deux concepts de restauration coexistent, avec une vraie attention portée aux produits, aux rythmes de la journée et à l’expérience vécue. Le bar et la terrasse situés au dernier étage, avec piscine, offrent quant à eux une vue spectaculaire à 360 degrés : la mer, les montagnes, l’arrière de la ville et le Christ Rédempteur qui se détache dans le ciel. C’est un lieu à part, très agréable pour prendre un cocktail, observer la lumière changer, ressentir pleinement l’énergie de Rio. Là encore, la mer, le paysage et l’architecture deviennent des acteurs à part entière de l’hospitalité, renforçant cette immersion dans une ambiance carioca, moderne, chaleureuse et profondément vivante.