Au salon du MIPIM à Cannes, investisseurs, promoteurs, architectes et opérateurs hôteliers analysent les mutations de l’immobilier et du tourisme mondial. Les échanges et les données présentées permettent de mieux comprendre les grandes dynamiques de l’hospitalité internationale.
Chaque année, le MIPIM constitue un point de rencontre privilégié pour les acteurs de l’immobilier international. Les projets urbains, les investissements hôteliers et les stratégies de développement territorial s’y croisent, révélant les grandes dynamiques économiques qui structurent les villes et les destinations.
La présence d’investisseurs internationaux, de promoteurs, d’architectes et d’opérateurs hôteliers offre une lecture particulièrement précise des transformations en cours dans l’industrie de l’hospitalité. Les conférences organisées pendant l’événement permettent également d’accéder à des analyses détaillées du marché mondial.
Les premières données partagées lors des conférences confirment que l’hôtellerie européenne aborde l’année 2026 dans une dynamique positive. En janvier, le niveau de RevPAR — revenu par chambre disponible — retrouve un niveau comparable à celui observé en 2018, tout en dépassant les performances enregistrées en 2025, selon les données présentées par la société STR. Cette évolution confirme la capacité du marché hôtelier à absorber les cycles économiques tout en poursuivant sa croissance.
Pour les investisseurs, les architectes et les propriétaires d’actifs hôteliers, ces tendances offrent des indications précieuses sur la manière dont l’hôtellerie mondiale pourrait évoluer au cours des prochaines années.
Le luxe confirme son rôle moteur dans la performance hôtelière
Les analyses présentées au MIPIM montrent que la croissance du marché hôtelier reste largement tirée par le segment haut de gamme. Les données STR indiquent qu’au début de l’année 2026, la croissance du RevPAR en Europe retrouve un niveau comparable à celui de 2018, avec une performance légèrement supérieure à celle observée en 2025.
Selon les données présentées lors des conférences, le RevPAR enregistré en janvier 2026 revient ainsi au niveau observé avant la pandémie, confirmant la capacité du marché hôtelier européen à retrouver ses performances d’avant-crise.
Cette progression masque toutefois une évolution plus contrastée du marché. Une bifurcation apparaît entre les segments, particulièrement visible dans certaines grandes capitales européennes. Le segment luxe parvient à maintenir une progression de ses tarifs moyens, tandis que les segments économiques enregistrent une croissance plus modérée.
Dans plusieurs destinations européennes, la croissance du RevPAR repose principalement sur l’augmentation du tarif moyen (ADR), avec une progression d’environ 5 % observée dans des marchés comme l’Italie et l’Autriche au début de l’année.
Cette capacité du luxe à soutenir la performance globale du marché repose sur plusieurs facteurs. La clientèle internationale qui fréquente ces établissements présente une sensibilité plus faible aux fluctuations économiques. Les grandes destinations urbaines continuent ainsi de bénéficier d’une demande solide dans le segment premium.
À Paris, Londres ou Milan, les hôtels historiques du segment haut de gamme maintiennent des niveaux de performance élevés. Des établissements emblématiques comme Le Bristol Paris, Claridge’s à Londres ou l’Hotel Principe di Savoia à Milan illustrent cette résilience. Leur capacité à associer patrimoine, qualité de service et expérience culturelle contribue à maintenir une forte attractivité auprès des voyageurs internationaux.
Pour les investisseurs, cette dynamique confirme la place du luxe comme moteur de valorisation des actifs hôteliers.
L’Europe reste un pilier du tourisme international
Malgré les crises successives qui ont marqué les dernières années, l’Europe conserve une position centrale dans l’économie touristique mondiale. Les données présentées montrent que les cycles saisonniers du tourisme européen restent relativement stables.
Les destinations historiques continuent d’attirer une clientèle internationale importante. L’Italie bénéficie par exemple d’une dynamique particulière liée à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina en 2026, qui soutiennent la fréquentation et la progression des tarifs hôteliers.
Les analyses présentées indiquent par exemple une croissance d’environ 5 % de l’ADR dans certains marchés alpins et italiens au début de l’année, portée notamment par le tourisme hivernal.
Plusieurs marchés européens affichent également une performance solide au début de l’année 2026. La Grèce et la Suisse figurent parmi les destinations qui enregistrent les progressions les plus marquées en matière de tarif moyen.
Aux côtés de ces deux pays, l’Islande apparaît également parmi les marchés affichant les progressions tarifaires les plus fortes.
Les destinations de l’Europe du Sud continuent par ailleurs d’attirer une clientèle internationale en quête de climat favorable, de patrimoine culturel et d’expériences locales.
Dans le même temps, certains marchés cherchent à retrouver un nouvel équilibre après des événements exceptionnels. La France, par exemple, réajuste progressivement sa demande touristique après l’impact des Jeux olympiques de Paris 2024.
En parallèle, les données présentées indiquent que les voyages américains vers l’Europe ont progressé d’environ 5 % en 2025, tendance qui se poursuit au début de l’année 2026.
Ces évolutions confirment la solidité structurelle du tourisme européen, qui continue de s’appuyer sur la diversité de ses destinations et sur la richesse de son patrimoine culturel.
Les marchés d’Europe centrale et orientale figurent aujourd’hui parmi les plus dynamiques, avec une croissance de l’occupation proche de 3 % dans certaines destinations.
L’émergence de nouvelles destinations touristiques
L’un des phénomènes les plus marquants observés au MIPIM concerne l’émergence de nouvelles destinations touristiques. Plusieurs pays longtemps considérés comme secondaires dans l’industrie du tourisme attirent aujourd’hui l’attention des investisseurs internationaux.
La Géorgie illustre cette transformation. Les projections présentées indiquent que l’offre hôtelière du pays pourrait augmenter de plus de 50 % dans les prochaines années. Cette croissance s’appuie sur une stratégie de développement touristique visant à renforcer l’attractivité du pays auprès des voyageurs internationaux.
Le Maroc connaît également une forte dynamique. Le pays prépare un développement hôtelier important à l’horizon 2030. Marrakech continue d’attirer des investissements significatifs dans l’hôtellerie haut de gamme, tandis que plusieurs projets balnéaires sont développés sur les littoraux atlantique et méditerranéen. Cette stratégie vise à renforcer la capacité d’accueil touristique du pays tout en diversifiant les destinations proposées aux voyageurs internationaux.
L’Égypte poursuit également un développement ambitieux autour des projets touristiques de la mer Rouge, avec la création de nouveaux resorts et d’infrastructures touristiques destinées à attirer une clientèle internationale. Les projections évoquent une croissance touristique potentielle d’environ 7 % portée par ces nouveaux projets balnéaires
En Asie, le Vietnam et l’Indonésie continuent d’attirer de nombreux investissements hôteliers. Ces destinations bénéficient d’une croissance soutenue du tourisme international et d’une stratégie active de développement de leur offre touristique. Au Vietnam, malgré l’ouverture de nombreux nouveaux hôtels, les taux d’occupation restent solides avec un niveau global proche de 63 %.
Cette diversification géographique du tourisme reflète une évolution profonde des attentes des voyageurs. La recherche de destinations moins saturées et d’expériences culturelles plus authentiques contribue à redistribuer progressivement les flux touristiques internationaux.
L’expérience devient le cœur de la proposition hôtelière
Les présentations des différents leaders hôteliers au MIPIM montrent également une évolution importante dans la manière dont les voyageurs dépensent leur budget de voyage. Les dépenses globales consacrées au tourisme restent élevées, mais leur répartition évolue.
Les voyageurs accordent désormais une place croissante aux expériences proposées pendant leur séjour. Les dépenses se déplacent progressivement vers la gastronomie, les activités culturelles, le bien-être et les expériences locales.
Cette évolution transforme profondément le rôle des hôtels dans l’expérience de voyage. L’établissement hôtelier ne constitue plus seulement un lieu d’hébergement. Il devient un espace capable de révéler une destination et d’offrir une expérience culturelle immersive.
Certains projets hôteliers récents illustrent cette transformation. Des établissements comme le Rosewood São Paulo, installé dans un complexe architectural associant patrimoine historique et création contemporaine, témoignent de cette évolution vers une hospitalité fondée sur l’expérience.
Pour les architectes et les concepteurs, cette transformation renforce l’importance de l’identité du lieu dans la conception des projets hôteliers.
Les marques redessinent le paysage hôtelier
Une autre évolution structurelle concerne la progression des marques hôtelières dans le paysage européen. Depuis une dizaine d’années, de nombreux hôtels indépendants ont rejoint des groupes internationaux.
Selon les données présentées, la part des hôtels affiliés à une marque a progressé d’environ cinq à dix points en Europe.
Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs. Les marques hôtelières disposent d’une puissance de distribution internationale, de programmes de fidélité performants et de standards opérationnels reconnus par les voyageurs.
Pour les investisseurs, l’affiliation à une marque constitue souvent un moyen d’améliorer la visibilité d’un établissement et de sécuriser ses performances économiques.
Cette transformation soulève toutefois une question importante pour l’industrie hôtelière : comment préserver l’identité d’un lieu tout en bénéficiant de la puissance d’un réseau international ? L’équilibre entre identité locale et standardisation internationale constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs du secteur.
Les dynamiques géopolitiques influencent les flux touristiques
L’industrie touristique reste étroitement liée aux dynamiques géopolitiques et économiques. Les tensions internationales peuvent rapidement modifier les flux de voyageurs.
Les analyses présentées au MIPIM évoquent par exemple l’impact potentiel des tensions au Moyen-Orient sur l’activité touristique régionale. Certains scénarios envisagent une baisse significative du tourisme dans la région, avec des pertes de revenus estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars. L’Égypte, la Turquie pourraient être impacté par ce conflit et peut-être demain la Grèce .. Malheureusement, les amalgames attisés par les peurs personnels, feront que de nombreux touristes refuseront de se rapprocher de la zone. Si des attentats surviennent à nouveau l’Europe, cela fera fuir les Américains ou les Asiatiques et les taux d’occupations des hôtels chuteront du jour au lendemain.
Les hubs aériens du Moyen-Orient jouent également un rôle stratégique dans l’organisation du transport aérien international. Les plateformes de correspondance situées à Dubaï, Doha ou Abu Dhabi représentent une part importante du trafic reliant l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Si cela devient compliquer de se rendre en Asie, les touristes vont préférer d’autres destinations probablement vers l’Amérique.
Toute perturbation de ces infrastructures peut donc avoir des conséquences directes sur les flux touristiques internationaux.
Les fluctuations du prix de l’énergie constituent également un facteur important pour l’industrie du tourisme. Les variations du prix du pétrole influencent directement le coût du transport aérien et, par conséquent, le coût global du voyage. Les augmentations déjà annoncées vont impacter aussi les touristes.
L’essentiel à retenir :
Les tendances observées au MIPIM confirment que l’hôtellerie mondiale traverse une phase de transformation profonde. La résilience du segment luxe, la diversification des destinations et l’évolution des attentes des voyageurs redessinent progressivement les contours de l’industrie.
L’hôtellerie ne se limite plus à une fonction d’hébergement. Elle devient un vecteur d’expérience culturelle, d’identité territoriale et de création de valeur pour les destinations.
Pour les investisseurs, les architectes et les opérateurs, la compréhension de ces dynamiques internationales constitue un élément essentiel pour anticiper les projets et concevoir les lieux d’hospitalité de demain. Ceux qui en comprennent la logique profonde sont ceux qui en écriront les prochains chapitres.
C’est précisément l’enjeu du travail mené par DELPORTE HOSPITALITY MAG: analyser ces transformations, en décrypter les implications et accompagner les acteurs de l’immobilier et de l’hôtellerie dans la conception de lieux où l’expérience d’hospitalité devient un véritable levier stratégique.
À propos de l’auteur
Laurent Delporte est expert en hospitalité, conférencier et fondateur de Delporte Hospitality. Il accompagne les entreprises dans leurs stratégies d’expérience client, de transformation des métiers de service et de développement de l’hospitalité au sein des organisations.À travers DELPORTE HOSPITALITY MAG, partenaire du MIPIM, il partage régulièrement ses analyses sur l’évolution de l’hôtellerie, des lieux d’accueil et des métiers de l’hospitalité. Ses travaux portent notamment sur l’impact des transformations technologiques — dont l’intelligence artificielle — sur l’expérience client et les compétences des professionnels du service.